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UNE BELLE VUE 487

On entendit la plume écorcher le papier. M. Servonnet regardait maman et hochait la tête avec une mine d'enterrement. Elle, était consternée. Puis, mon père se levant :

— Tu feras porter la réponse.

Cette réponse, qu'il avait griffonnée sur une carte de visite, il tint à nous la lire :

— " Monsieur et Madame Pierre Landry remercient monsieur et madame de Chaberton de Serigny de leur aimable invitation. Ils regrettent vivement de ne pouvoir se rendre à la matinée du douze, ayant d'autres engage- ments ce jour-là.

Il y avait quelque chose de puéril dans le plaisir rageur qu'il manifestait d'avoir refusé l'invitation, et dans ces termes cérémonieux.

��XV

��Etait-ce d'un mauvais fils ? Je n'eusse vu aucun incon- vénient à rester, contre vents et marées, dans les anciens termes avec Prosper. Je me disais que ce dernier ne m'avait peut-être menacé, l'autre année, que par jeu. Après tout, pourquoi se solidariserait-il avec les siens, lui de qui père et mère étaient loin de le combler de douceurs, alors que moi, autrement favorisé, je me montrais si peu jaloux de mon point d'honneur familial ? Ne pouvions-nous pas, nous autres, demeurer étrangers à la querelle ? Que nous importait cette histoire de plantation et ce qui s'en était suivi ? Quelle folie de nous sacrifier mutuellement à pareille misère ! Il me semblait que notre affection eût au contraire dû se retremper dans ces épreuves. Je me berçais

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