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��JOURNAL SANS DATES

��J'admire cette constante présence de l'esprit charmant de Stendhal. Oui : présence d'esprit ; qui donc osa le premier cet heureux mariage de mots ? On voudrait l'inventer pour Stendhal. Il n'est jamais à court de lui-même et ne se fait jamais défaut. Je sais bien que, par contre, cette égalité de l'esprit lui refuse les sublimes sursauts du lyrisme ; mais mon esprit ne me suggère cela que pour excuse de n'être pas plus égal.

Nul désir d'arriver à la fin de ce livre. (Le Journal). Je n'aime pas rester longtemps avec Beyle ; mais je n'aime pas rester longtemps sans lui. Comme il m'eût irrité par- lant beaux-arts ! comme il m'eût irrité parlant femmes ! et parlant de lui-même, encore plus !... A dire vrai je suis heureux de ne le pouvoir plus connaître que par ses livres ; mais combien ja me plais à le connaître ainsi !.

Encore quelque trente ans de recul, il rentrera dans le XVIII e siècle, comme on voit, en voyage, une montagne isolée rentrer, à mesure qu'on s'en éloigne, dans la chaîne qui l'adosse, et s'y confondre. Il est de même formation géologique ; mais tout différemment accidenté ; et de végétation italienne.... Un mauvais écrivain traînerait plus loin cette image. Faire sentir immanquablement qu'on pourrait en dire davantage ; la plus belle part de l'art d'écrire est là.

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