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220 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Dissimulés derrière un titre, un frontispice et une dédicace en italien, les sonnets de M. Jean-Louis Vaudoyer nous trans- portent dans cette Italie de Canaletto dont M. Henri de Régnier a su rendre, dans ses Esquisses Vénitiennes la grâce factice et déjà fatiguée. Pour éditer cette luxueuse plaquette in-folio, les presses vénitiennes ont retrouvé leur belle typo- graphie d'autrefois. Il faut louer M. Jean-Louis Vaudoyer de la recherche qui lui fait publier, en même temps que la Com- media, des Stances et Elégies sur la couvertures desquelles, symbolisant cette poésie au charme savamment désuet, s'épa- nouit une de ces anciennes roses de Provins, telle qu'au com- mencement du 19 e siècle, de minutieux artistes en décoraient les assiettes de Sèvres.

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��MISS ISADORA DUNCAN.

" ... Quand tu contempleras, spectacle inattendu, la décence des Bacchantes. "

(Euripide).

Paris a compensé par des ovations le médiocre enthousiasme avec lequel, voici cinq ou six ans, il avait accueilli Isadora Duncan. Il est vrai que, cette fois-ci, la danseuse américaine avait amené son chœur de petits élèves aux pieds nus et que le style de ses danses s'est épuré et affermi. Nous lui avions vu jadis mimer des idylles botticelliennes, des Annonciations, des chants de Schubert. Elle dansait du Chopin, du Beethoven. Beaucoup de littérature se mêlait encore à de curieuses trouvail- les d'attitude et de rythmique. — Elle nous est revenue cette année, n'apportant pour prétexte à ses danses que des passages de l'Iphigénie en Aulide de Gluck. Elle fut admirable de grâce, de mesure, de fraîcheur, de joie. On eût dit, tant har- diesse et pudeur s'y mêlaient, les jeux mêmes de Nausicaa. Jusque dans la plus folle allégresse, jusque dans le délire et les tournoiements orgiaques, ces danses eurent le secret de rester virginales, printanières, chastes.

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