Page:NRF 1909 2.djvu/30

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tient à venir me mettre au courant avec des ménagements :

" Voulez-vous ma lorgnette ? " demande-t-il.

J’affecte pour le punir de regarder par le bout qui éloigne.

" C’est la terre" me dit le pasteur, avec sévérité. Pourquoi ce ton ? Il n’est rien dans ma tenue qui soit indigne de l’ancien continent et de la White Star Line. Et il est commode de se moquer de ma cravate alors qu’on n’a, comme lui, qu’un plastron. Saint-Miguel des Açores, porte des Océans, clou d’Emeraude qui fixe le grand tapis, toi dont les oiseaux chantent, toi dont les cheminées fument, dont chaque étang abrite sept cités englouties, je sais depuis des heures que tu es la terre : chaque pensée que f envoie vers toi me retient avec un rameau d’olivier.

Il est temps d’aller frapper au hublot de mon amie. Elle répond en agitant sa main engourdie sous le rideau qu’elle ne soulève pas. Je refrappe, pour lui faire croire que je n’ai pas vu son signal. Alors la main reparaît, et je ne sais où elle a plongé : elle est toute chargée de bagues.

" Voilà la terre " crié-je.

Saint-Miguel est à portée de la voix d’un enfant. Celle de Miss Jones doit le dépasser et retomber dans la mer. Nous "ïoici face à la ville; les ananas sont rangés sur le quai, près d’un Vieux mortier de cuivre, comme des obus ; les vendeuses ont des capuches noires si rigides qu’elles doivent se placer face à face pour