Page:NRF 1909 2.djvu/91

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— Quoi donc ? fit-elle en levant la tête.

— Je voulais voir si tu m’entendrais. Ta pensée sem- blait si loin de moi.

— Non ; je suis là — mais les reprises demandent beaucoup d’attention.

— Pendant que tu couds, ne veux-tu pas que je te fasse la lecture ?

— Je crains de ne pas pouvoir très bien écouter.

— Pourquoi choisis-tu un travail si absorbant?

— Il faut bien que quelqu’un le fasse.

— Il y a tant de pauvres femmes pour qui ce serait un gagne-pain. Ce n’est pas par économie que tu t’astreins à un travail si ingrat.

Elle m’affirma tout aussitôt qu’aucun ouvrage ne l’amu- sait davantage,que depuis longtemps elle n’en avait plus fait d’autres... Elle souriait en parlant. Jamais sa voix n’avait été plus douce que pour ainsi me désoler. "Je ne dis là rien que de naturel, semblait exprimer son visage ; pourquoi t’attristerais-tu de cela ? ’ — Et toute la protestation de mon cœur ne montait même plus à mes lèvres, m’étouffait.

Le surlendemain, comme nous avions cueilli des roses, elle m’invita à les lui porter dans sa chambre, où je n’étais pas encore entré cette année. De quel espoir aussitôt me flattai-je ! Car j’en étais encore a me reprocher ma tristesse ; un mot d’elle eût guéri mon cœur.

Je n’entrais jamais sans émotion dans cette chambre ; je ne sais de quoi s’y formait une sorte de paix mélodieuse où je reconnaissais Alissa. L’ombre bleue des rideaux aux fenêtres et autour du lit, les meubles de luisant acajou,