Page:NRF 1909 2.djvu/97

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LA PORTE ETROITE 203

Qu'avez-vous fait de vous ? Que vous êtes-vous fait devenir ?

Elle demeura quelques instants sans répondre, déchirant lentement une fleur et gardant la tête baissée. Puis enfin :

— Jérôme, pourquoi ne pas avouer tout simplement que tu m'aimes moins.

— Parce que ce n'est pas vrai ! parce que ce n'est pas vrai, m'écriai-je avec indignation. Parce que je ne t'ai jamais plus aimée.

— Tu m'aimes... et pourtant tu me regrettes ! dit- elle en tâchant de sourire et en haussant un peu les épaules.

— Je ne peux mettre au passé mon amour.

Le sol cédait sous moi, je me raccrochais à tout...

— Il faudra bien qu'il passe avec le reste.

— Un tel amour ne passera qu'avec moi.

— Il s'affaiblira lentement. L'Alissa que tu prétends aimer encore n'est déjà plus que dans ton souvenir ; un jour viendra où tu te souviendras seulement de l'avoir aimée.

— Tu parles comme si rien la pouvait remplacer dans mon cœur, ou comme si mon cœur devait cesser d'aimer. Ne te souviens-tu plus de m'avoir aimé toi-même, que tu puisses ainsi te plaire à me torturer ?

Je vis ses lèvres pâles trembler ; elle murmura d'une voix presque indistincte :

— Non... non... ceci n'a pas changé dans Alissa.

— Mais alors rien n'aurait changé, dis-je en lui saisis- sant le bras. ..

Elle reprit, plus assurée :

�� �