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UNE BELLE VUE IOI

J'avais communiqué ces réflexions à Henriette. Le lendemain, comme nous nous promenions ensemble dans le verger, elle me dit :

— Pourquoi ne ferais-tu pas élaguer ceux des arbres qui gênent le plus les gens de là-haut ? Les enfants ne doivent pas payer pour les parents. La gentillesse nous coûtera peu, et Ton nous en saura bon gré.

Elle allait au devant de ma pensée et je lui en fus reconnaissant. Je me hâtai de convoquer des ouvriers spéciaux. Quelques jours plus tard ils pratiquaient sous ma direction de sérieuses éclaircies. A la chute de chaque branche il me semblait que ma conscience devenait plus légère.

Debout au bord de la terrasse, à peu près dégagée maintenant, une jeune femme enceinte assistait à nos opérations, en compagnie d'une nourrice qui portait un bébé sur le bras. Je remarquai que la lunette d'approche n'était plus là ; faute d'emploi elle avait été mise au rancart. On pourrait la réinstaller. Cette idée m'agréant, j'attendais avec impatience, comme au temps jadis, que Prosper montrât sa tignasse rousse et son nez en trompette. Quels seraient sa surprise, son plaisir, en constatant mon œuvre ! Mais il était sans doute à son étude, et, comme il tardait à rentrer, je n'eus pas la satisfaction que je me promettais.

Je m'étais flatté de recevoir pour le moins un mot de remercîments. La déception fut complète. Prosper ne témoigna pas ombre de gratitude. Se souciait-il peu de la vue que je lui rendais et dont il avait pris l'habi- tude de se passer ? On eût pu le croire, car, à ma con- naissance, il ne mettait jamais les pieds dans son jardin.

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