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I58 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

d'une grave entreprise. Renonçant au prix Gon- court à force d'injustes déboires, Philippe voulait, dans une biographie à peine fictive, se délivrer des contraintes et des conventions du roman. Depuis longtemps il admirait La Vie d'un Simple^ de son compatriote Guillaumin. Mais l'idée de Charles Blanchard ne lui vint pas avant qu'il eût perdu son père. 11 l'avait toujours bien aimé; mais il se repro- cha de l'avoir méconnu. Il l'avait jugé souvent trop impérieux, trop prudent, trop économe, et surtout trop soumis aux puissances du monde ; maintenant la mort, qui simplifie tout, accusait les traits essen- tiels de ce héros modeste et fort : N'était-elle pas là, en effet, la vraie force longtemps cherchée ? Plutôt qu'à se plaindre et qu'à maudire, n'y a-t-il pas quelque grandeur à vivre la vie ouvrière, simplement, courageusement, et, ne pouvant racheter le monde, à sauver soi-même et les siens ? Certaines paroles de Félicien sont déjà comme une épigraphe pour Charles Blanchard : " Mon âme est venue toute seule, avec mon pain quoti- dien. J'ai toujours cru qu avoir à gagner leur pain quotidien sauverait les hommes ". Si le travail vaut plus que la révolte, plus que la pitié, l'heure décisive d'une vie est donc celle où l'homme com- mence de s'attacher à son travail. C'est où Charles Blanchard devait être conduit ; mais comment ? par quelles étapes ? Mal guidé par quelques mots de son père, par d'insuffisants

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