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��JOURNAL SANS DATES

��Cuvervilîe.

J'ai fui la ville pour quelques jours, las de me débattre contre les occupations multiples qui disloquent trop la pensée. A Paris j'ai beau faire, le meilleur des journées s'effiloche ; correspondance, menues lectures sans profit, soucis divers, harcelante préoccupation du réel, sym- pathies — ces harpies dépichent la trame ; je n'y puis tisser rien de dru.

Je n'écris rien de bien si le travail ne m'accapare, et prends toute distraction en horreur. Le livre que j'écris n'est bon que si ma première pensée, ma pensée du réveil, est à lui.

  • *

J'emportais avec moi les Marches de V Occident de Mithouard, Sur la vie de Scantrel-Suarès et je me pro- posais, les ayant plus qu'à moitié lus, d'en parler après avoir achevé de les lire. J'emportais encore maints autres livres que je me réjouissais de lire durant la pluie d'autant mieux et plus volontiers que je les aurais lus sans cet insupportable souci d'en écrire. Mais j'emportais aussi la Jeanne d'Arc de Péguy ; je l'entr'ouvre et presque aussitôt je n'ai plus d'attention pour rien d'autre. L'étonnant livre ! Le beau livre ! Rien, depuis V Arbre de Claudel,

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