Page:NRF 3.djvu/479

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dans les pupitres d’étude, et les croquettes de chocolat qu’on devait remettre en entrant au portier, comme on dépose dans une banque un petit capital, avec promesse de toucher un coupon tous les jours à quatre heures.

Il y avait aussi l’orgueil des vêtements neufs, bien chauds, qui vous prenaient la taille et dans lesquels on se sentait plus forts et plus grands. C’était comme si l’on avait revêtu une âme nouvelle. Et le désir de paraître plus hommes, plus fiers, plus vieux tout à coup, nous donnait des visages graves, un peu contractés par une belle douleur muette.

Ah ! cette poignante angoisse du départ ! les malles jetées sur le toit du break qui, au trot de ses deux percherons, va nous entraîner vers la gare ; les mille recommandations minutieuses vite oubliées ; ces au revoir déchirants et précipités ; ces baisers bâclés où l’on voudrait mettre son immense tendresse ; et enfin ces larmes amères, ces larmes lourdes, refoulées jusque là, mais qui jaillissent soudain lorsque le petit chien frétillant s’efforce de sauter sur le marchepied !

Le nez écrasé contre la vitre du compartiment, on regardait en silence la fuite des campagnes noyées de brumes et les montagnes russes des fils télégraphiques. La folle procession des arbres vous coupait le regard, entrait et sortait de vos yeux