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LES POÈMES D'ORCHESTRE DE CLAUDE DEBUSSY 479

instant sur l'émotion, qui se contracte quand elle se concentre et s'éploie quand elle s'épanouit. Et comme les mailles, même dans leur resserrement, restent secrètement démêlées, ainsi, quand il se rassemble, l'orchestre conserve sa tenue, sa flexible, sa vibrante discrétion.

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��Mais si infaillible et si exacte qu'en soit la sinuosité, le musicien n'a pas voulu indéfiniment se confier à la divagation de ses sens ; il est devenu jaloux de son instinct. Dans la Mer on découvrait un effort pour substituer à la spontanéité sensuelle des développements la direction de l'esprit. Ibèria est l'aboutissement de cet effort.

Sans doute c'est encore de grands élans de plaisir que s'anime cette musique ; tout le délice espagnol coule entre les bords du poème. Mais son abondance a été épurée, dépouillée par l'intel- ligence. La densité sonore, au lieu qu'elle résulte comme dans les premiers poèmes d'une perpé- tuelle plénitude de l'orchestre, c'est par l'impor- tance des quelques éléments que choisit la patiente délicatesse de l'esprit, qu'elle s'obtient. Les traits les plus essentiels subsistent dans la trame musi- cale ; mais ils ont été élus avec tant de justesse que leur déroulement simultané par la rareté infatigable des rapports qu'il entraîne, remplace

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