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FERMINA MARQUEZ 66 1

qu'un prétexte trouvé par la jeune paysanne pour entrer en relations avec le " petit monsieur du château ". Ah, si pareille occasion se représentait, il ne la laisserait pas échapper. Justement, il allait avoir seize ans vers la fin d'Août ; il était temps, pour lui, de se dégourdir un peu.

Il se rappelait aussi une petite bonne que ses parents avaient eue, autrefois. Il avait douze ans à peine à ce moment-là. La bonne s'appelait Louise, et elle avait dix- neuf ans. Un jour, elle lui avait chipé un soldat de plomb, un général de soldats de plomb auquel il tenait particulièrement. Elle avait fait semblant de cacher ce jouet dans son corsage, entre sa peau et sa chemise, et elle avait dit à Joanny : " Si M'sieur y veut, faut que M'sieur y cherche ". Et il " y " avait cherché, en feignant une grande colère, mais en réalité tout confus et rouge de plaisir.... Il allait peut-être trouver, chez ses parents pen- dant ces vacances, une petite bonne de l'espèce de cette Louise. Elle était si propre et si gentille, cette Louise. Une servante ? bah ! une fille est toujours une fille.

Et au besoin, il pourrait, de la maison de campagne de ses parents, gagner en bicyclette la station la plus voisine, Régny. En partant tout de suite après le repas de midi, il aurait le temps de passer deux heures entières dans Roanne. Il serait revenu pour le dîner, et personne, chez lui, ne le soupçonnerait d'être allé en ville. Une femme est toujours une femme, sous tous les vêtements du monde. Joanny pressa ses deux mains sur son cœur ; il perdait la tête, il voyait rouge. Il pensa mourir.

"... Le songe où je croyais avoir vu le sage Mentor des- cendre aux Champs Elysèes achevait de me décourager : une

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