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678 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

la vie telle qu'elle est en son délicieux mélange, avec ce qu'elle a de cruel, de consolant et de mélancolique et nous donner, grâce à elle, de discrets conseils. Il ne cherche pas, comme Dostoïewsky, les incroyables, les incalculables réactions des êtres et les mille ramifications inattendues de leurs rapports entre eux, ni, comme Kipling, les moments où l'animal humain, tendu tout entier, comme un arc au moment de jeter sa flèche, va se dépasser enfin. Non, ce qui exalte, ce qui enthousiasme M. Paul Adam, c'est le spectacle des foules, des énergies confuses canalisées dans un même but, c'est l'instant où l'individu perd pied, obéit au vœu d'une agglomération, se transforme en rouage obscur dans une machine bien agencée. Ses héros mêmes sont soumis à la force qu'ils semblent créer. Ensemble instinctifs et réfléchis, ils vont devant eux, non point comme des brutes, à la façon des personnages de Zola, mais comme des locomotives ou des automobiles. Enivrés par la passion de la conquête et le désir immodéré de la puissance, ils marchent tout grisés, refondant le monde à leur image et se perdant eux-mêmes dans leur illusion créatrice. Serrés entre leur intelligence et leur sensualité, il n'y a guère place en eux pour les communes affections humaines, et la mort, dans le Trust, de la malheureuse Marceline Landelle laisse bien indifférents son père et son mari. Mais ils sont pris dans la foule énorme qui les entoure, comme les Termes, dans un bloc de pierre. Rien n'enchante M. Paul Adam comme de voir les êtres agir parce que des concepts philosophiques les portent; mais ils sont victimes ainsi d'une double fatalité, celle des idées et celle des grands mouvements populaires, qui les accompagnent, les sauvent ou les détruisent, et nul moins qu'eux, n'échappe au déterminisme. Le Trust, c'est l'histoire de la création d'un monde. Seulement, à la fin de cette création, ce n'est pas le paradis que l'on entrevoit, mais l'enfer, l'enfer de l'identité des phénomènes et de l'écrasement de l'individu par la masse. Car, malgré catastrophes et bous- culades, cette société furieuse, hypnotisée par une idée fixe, s'entête, et elle représente alors à nos yeux une humanité nouvelle, une humanité en quelque sorte mécanisée, qui

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