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NOTES 687

nous exigeons d'elle en secret, n'est-ce pas plus de décision à l'égard de ses vertus propres, un parti-pris plus net qui les lui fasse moins timidement employer ?

Il y a chez Dukas une brusquerie que trop souvent il atténue. Parmi la fluidité de son orchestre naissent de temps en temps une âpre et régulière cadence, un lourd battement. C'est la carrure ancienne qui reparaît. Elle est démantelée, haletante. Soucieuse de se soumettre aux enchaînements perpétuels de l'orchestra- tion moderne, elle se fragmente, elle brise sa raideur. Mais son tressaillement abrupt anime soudain toute la musique. Je ne pense pas seulement à la rythmique pesanteur et aux sou- bresauts maladroits du balai dont Y Apprenti sorcier déchaîne la danse. Dans Ariane et Barbe-Bleue je surprends à plusieurs reprises cette allure déterminée. Le combat de Barbe- Bleue et des paysans est une symphonie massive et contractée, d'une uniformité essoufflée. Dure description par à-coups. Les traits s'ajoutent lourdement les uns les autres, ainsi qu'on lève les bras pour asséner un nouveau coup de bâton.

L'autre qualité de Dukas c'est le scintillement très particu- lier de son orcheste. J'y trouve quelque chose de doucement perçant. Il naît sans interruption avec une froideur nette ; il il est exact, clair et sec, non pas à force de dépouillement : c'est au contraire à force de volontaire densité, d'entêtement à la plénitude. Il ne cesse pas d'occuper toute son enveloppe : il se fait un devoir d'être toujours appuyé contre sa surface. Il a cette continuité de l'orchestre wagnérien qui semble vouloir emplir à chaque instant une forme invisible. — Mais Wagner, que guide un profond instinct dramatique, sait fléchir sa tension. Il y a chez lui des déclivités. Souvent il penche toute sa musique vers un moment futur. Aussi n'est-elle pas perpé- tuellement préoccupée de son intégrité; ayant une autre fin qu'elle-même, sa richesse s'oublie. Elle consent à montrer parfois un visage terne. Dukas au contraire — c'est en quoi il se distingue de Wagner — épanouit sans cesse au dehors toute sa trouvaille ; il n'y met pas d'affectation, mais une sorte de naïveté grave. Il ne cache rien parce qu'il ne songe pas à rien faire attendre. Aussi son orchestre sans repli se laisse-t-il

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