Page:NRF 3.djvu/742

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à l’heure de la visite, ayant dit : " Viens et assieds- toi sur les coussins ; en rentrant f y trouverai ton ombre assise ; — parle comme si fêtais là, et je trouverai r image de ta parole en rentrant. " Ainsi, après qu’il eut mis un filtre entre son cœur et les plaisirs trop forts, ne prenant plus que l’ombre de toute jouissance, Sohrab crut qu’il devenait l’homme libre qui sera le poète de Dieu.

Or, il fut averti que le monde encore pénétrait violemment en lui par les yeux, — et il les creva. Mais aussitôt ses oreilles s’emplirent d’un bruit énorme et continu ; et, ne pouvant plus écouter la voix de son âme, il se perça le tympan. Alors, dans une nuit et un silence sans trouble, il ne regretta rien et ne désira plus rien, car sa pensée terrestre s’était éteinte avec la vision du monde qu’elle avait refusé de refléter, et Sohrab n’avait plus en lui de quoi remplir les humbles distiques.

Il cessa d’employer les mots où persistent les couleurs et les sons ; il voulut pour le Dieu qu’il contemplait une offrande verbale qu’aucun usage n’eût souillée ; et il déclamait son poème, enfin trouvé, dans une langue nouvelle que personne ne pouvait comprendre et que lui-même n’entendait pas.

Cependant le Sultan Mohammed voulut connaître le chef-d’œuvre qu’il avait commandé. Quand il entra dans l’appartement de mousseline, Sohrab, aveugle et sourd, n’apprit la venue de