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NOTES 789

impossible et d'avoir préféré des positions claires à ces troubles fusions d'où l'estime ne peut être qu'absente.

J.S.

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��UN ETRE EN MARCHE, poème par M. Jules Romains, (Mercure de France).

Ne cachons point notre embarras en face du nouveau poème de M. Jules Romains. Il nous est dur, pour le juger comme il convient, d'avoir à faire abstraction précisément de ce que nous considérions jusqu'ici comme la forme sensible de toute poésie, comme sa raison d'être dans l'air sonore : je veux dire la joie des timbres, la chanson. Ici, comme dans la Vie Unani- me naguère, peut-être même avec aggravation, ce n'est que par hasard, exceptionnellement, que le poète rencontre l'euphonie. Je crois qu'il ne s'en soucie point. Il s'abandonne tout au rhythme; c'est le rhythme seul qui le mène. Encore faut-il s'en tendre sur ce mot. Le rhythme consiste chez lui en la répé- titif 3 inlassable, en l'obsession mécanique d'un mouvement donné. De temps en temps, par un saut brusque, le rhythmeur passera de l'ampleur à la sécheresse, du mètre douze par exemple au mètre cinq, mais sans l'ombre de transition ; et il ne quittera ce nouveau mètre qu'après é*n avoir épuisé l'élan monotone ; alors en un bond nouveau mais inverse, il revien- dra au précédent. Au cours d'un même mouvement pas de nuances... Cette poésie ni ne sonne, ni ne se meut humaine- ment. Il semble qu'elle ait peur de paraître individuelle. Même l'alexandrin y perd sa courbe variée. Il faut que chaque vers frappe un coup franc, direct, brutal, et toujours identique, sauf multiplication ou démultiplication dans l'engrenage. Assez du geste libre — ou libre apparemment — de l'homme ! préférons, imitons l'élan du piston au cylindre, le choc du clapet sur son siège ! La force indéniable d'un poème comme un Etre en marche est une force de machine et qui nie ce que nous nommons art et beauté. Ne vous y trompez pas : ainsi l'a voulu le poète. L'unanime est sa foi, et il vit dans la foule. Je

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