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682 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Nous repartons. Promenade sans fatigue et sans effort. Il n'y a qu'à laisser aller les mulets. Mais le vent est violent et cingle : du moins fait-il tolérable la chaleur qui tape sur ces coteaux dépourvus d'ombre. La route ne cesse de longer la spacieuse vallée qu'elle surplombe De l'autre côté, à une demi-douzaine de kilomètres, les parois rectilignes de la falaise du Mindjar se décou- pent, âpres et massives, sur le ciel éclatant. — Villages qui se succèdent. De loin, ils apparaissent comme des îlots de verdure. Nous croisons des femmes qui reviennent de la corvée d'eau. Elles marchent pliées en deux sous la lourde jarre qu'elles portent au creux des reins. En m'apercevant, elles pressent le pas ; à distance respec- tueuse, ensuite, elles s'arrêtent, interdites et curieuses, pour me considérer. Cette piste n'est guère fréquentée par les " Frengi " : mon aspect, aussi bien, cause quelque sensation. Ce n'est plus l'Abyssine effrontée et coquette d'Addis-Abeba, à la chevelure finement nattée : celles-ci sont sans grâce, et sans race d'ailleurs, le sang impur du nègre en épaissit les traits, aplatit et déforme les bras qui sortent nus de la robe sans manche. L'une d'elles, pour- tant, attire mon regard par son air de gaîté, de vivacité, de jolis yeux et ses épaules rondes qu'elle ne craint pas de laisser voir. Tout de suite, elle se met à rire, me dévisage, puis jette quelques mots aux boys qui rient aussi et n'osent traduire. Au tournant du chemin, ren- contre d'une dame de qualité, montée sur un mulet dont un petit esclave tient la bride. Derrière, un vieil homme qui porte un fusil. Un grand feutre sur la tête, le bernous croisé devant le visage, on ne découvre d'elle que les yeux et le nez. L'orteil seul, à la mode du pays, est posé sur

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