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Page:NRF 6.djvu/85

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lévy
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D’une ébauche de geste, Lévy montra le petit carreau brisé d’une imposte que le volet de la porte d’entrée ne couvrait pas.

Mais un changement manifeste s’était fait dans le bruit de la foule. Un demi-silence où se percevaient des chuchotements particuliers et des rires, mais où la basse grondante du rassemblement subsistait pour signifier qu’ils restaient tous là.

— « Qu’est-ce qu’ils machinent maintenant ? Ce sont donc des sauvages chez vous !

— « Et ailleurs ? »

souffla le petit marchand avec une inexprimable amertume. Le voyageur comprit quelque chose. À vrai dire il commença à le comprendre de chaque côté de la colonne vertébrale où un froid lui courut. Et il se tourna vers le Juif comme s’il ne l’avait pas encore vu. Avec une sorte d’antipathie respectueuse.

Mais il n’eut pas le loisir de se livrer à des réflexions d’ordre historico-ethniques. Une épouvante passa subitement sur les visages qui remplissaient la pièce. Et cela le fit pivoter sur place aussi rapidement qu’il est donné à un être humain de le faire.

Le demi-silence de la foule s’était épaissi. En haut de la porte d’entrée, par l’imposte brisée, une face ignoble de voyou s’élevait avec précaution. Sans doute grimpé à califourchon sur une courte-échelle de deux camarades superposés, il se hissait en prenant son temps. On vit d’abord, dans la pénombre, sa casquette de cycliste, puis des cheveux en désordre, puis une paire de petits yeux méfiants, puis d’un coup toute la figure et les épaules. La bouche ricanait nerveusement.