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I002 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

la vie, mais qu'en eût-elle fait ? Elle n'en avait pas besoin. Elle n'hésitait pas sur le chemin à prendre.

Sous des sapins qui se dressaient à l'entrée du Bois du Four, elles s'assirent. Il n'était guère plus de huit heures du matin. Rien ne troublait plus le silence, les pompiers ayant fini leur tir, que des roucoulements de tourterelles dans les profondeurs du bois.

— Et, dit Juliette, vous ne regrettez pas d'avoir quitté Paris ?

M"® Clément piquait la fine pointe de son ombrelle parmi les aiguilles encore plus fines des sapins.

— Regretter Paris, ma pauvre Juliette ? Et pourquoi ? Je suis bien mieux ici. Certainement il y a des jours où je ne m'y amuse guère, mais à Paris on s'ennuie aussi.

— Oh ! Mademoiselle ! s'exclama Juliette qui n'ad- mettait pas que l'on pût s'ennuyer à Paris.

Pour la première fois elle se trouvait ainsi seule avec M"® Clément. Elle ne voyait d'ailleurs à cela rien d'extraordinaire. Elle se tenait là, simplement, assise à son côté.

— Vous êtes jeune, Juliette, et vous ne connaissez pas grand chose de la vie. Avez-vous déjà... voyons, comment dire ?... déjà.,., souffert ?

Juliette la regarda bien en face, et lui répondit en riant, suivant son habitude :

— Ma foi non, mademoiselle. Jusqu'à aujourd'hui j*ai toujours été heureuse de vivre.

Comme elle avait une langue pour s'en servir, elle ajouta :

— Quand je vois les hommes qui me regardent — hier, l'après-midi, est-ce que Cougny ne voulait pas m'em-

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