Page:NRF 7.djvu/1028

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


I022 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

verser toute la ville. On le reconnut tout de suite. On devina qu'il revenait marié.

C'était une de ces indécises après-midi de février où le vent disperse et rassemble tour à tour les nuages dans le ciel. Quand il eut ouvert sa porte, ce fut comme s'il en- trait dans une maison étrangère, depuis longtemps aban- donnée. II y faisait humide et froid comme dans une cave.

— Alors, c'est ça, ta maison ? dit Marcelle.

Sans doute ce n'était pas une maison de bourgeois avec hautes fenêtres, parterre à pelouses et sonnette à la grille, mais bien vite Marcelle reconnut qu'elle était spacieuse et que l'on y avait tout sous la main. D'ailleurs elle avait l'air de penser ;

— Et puis, pour ce que j'y resterai de temps ! Située dans le quartier de la Cure avec une dizaine

d'autres elle faisait face à l'église ; Marcelle dit en plaisantant :

— Comme ça, je n'aurai pas beaucoup à marcher pour aller à la messe tous les jours si je veux.

Elle eut vite fait de la transformer. Toutes les images pieuses que la défunte avait accrochées un peu partout, elle les " bazarda ", comme elle disait, dans le grenier. Elle enleva le bénitier et la branche de buis de la tête du lit : ils avaient bien besoin, une fois couchés, d'un bénitier et d'une branche de buis ! Les " nippes de la vieille ", de pauvres robes noires, des bonnets blancs tout simples, elle les donna dans le voisinage. On trouvait, à part soi, que Cougny avait tort de se défaire de tout ce qui pouvait lui rappeler la morte, mais on ne refusait pas : autant que ce soit moi qui profite de cette jupe, n'est-ce pas ? que de penser qu'ils vont vendre ça au chiffonnier. Elle

�� �