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JULIETTE LA JOLIE 10^3

acheta des tapis, des rideaux, différents services de table. Pendant un mois on ne vit qu'elle chez les commerçants. On eût dit vraiment qu'elle s'installait ici pour jusqu'à son dernier jour. Et pourquoi pas, après tout ? Les com- merçants disaient :

— Eh bien, c'est elle qui va se charger de lui manger ses rentes, à ce vieux toqué-là ! Faut-il qu'il y ait des hommes bêtes, sur terre !

Ce qui ne les empêchait pas — il faut que tout le monde vive, — de la saluer très-bas quand elle entrait, et qu'elle sortait. Cougny lui laissait carte blanche, ravi d'avoir enfin chez lui une " petite femme " de vingt ans.

Ensemble ils allaient faire des visites bras-dessus bras- dessous " comme deux amoureux " répétait Cougny, — elle se contentait de sourire, — ou disaient un mot en passant. Elle avait le sentiment de sa nouvelle position. Il s'agissait de se faire " bien voir ". Elle voulait qu'on la prît pour une vraie dame, mais des ménagères, qui avaient connu la défunte, la regardaient de travers avec ses bottines à hauts talons et ses dessous trop soignés ; elles pinçaient les lèvres, et, sitôt que " les deux amoureux " avaient le dos tourné, elles disaient, parlant de Cougny :

— Où est-ce qu'il est allé chercher " ça " ?

Ils allaient surtout chez les Gallois. Elle devint tout de suite l'amie de Juliette qui aimait toutes les jeunes filles, les jeunes femmes qui lui ressemblaient un peu, dans la vie desquelles elle devinait le roman qu'elle eût voulu avoir dans la sienne.

Elle fit sensation dans la petite ville. Bien des hommes, qui n'avaient pas le courage d'imiter Cougny, ou pas la chance, comme lui, d'être veufs, l'enviaient. Ainsi, il

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