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1064 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sède ces qualités de vie, il suffit ; il était urgent de nous la ressusciter.

J'ai dit que Vielé-Griffin me semblait parmi nos aines, le plus spontané des poètes. Admirons que son appétit de liberté, il l'ait tourné au bien de l'art, de l'art sous sa plus haute forme, un art de création et de composition et que couronne aussi l'idée ; admirons que seul d'entre nos aines, il garde l'ambition de tenter le " grand poème ", d'infuser l'âme de son temps aux autres temps, de s'arracher à soi-même pour créer des hommes et des héros ; qu'il nous montre, en un mot, la voie " du sub- jectif " à " l'objectif ", la seule où puisse trouver le salut une poésie étriquée et balbutiante, qui n'échappe plus à la barbarie que par la préciosité, et d'ailleurs réciproque- ment.

Mais voilà un double reproche que nous ne saurions faire sans injustice à M. Louis Mandin. Il vient de publier au Mercure de France son troisième livre de poèmes et renie les deux précédents. Il " regrette ces fragments d'un feu qui man- quait trop d'air et auquel il lui arrivera toutefois d'emprunter çà et là quelques étincelles. " " Le matin de ma vie écrit-il encore, fut si nocturne et si souterrain qu'à l'approche du soir seulement, je puis entrevoir la naissance d'une aurore. " Cette aurore, c'est l'aurore de la beauté, celle qui éclaire et remplit de joie l'âme d'Arlel, " malgré les Ubus et les Caliban " et sous le joug de la " médiocratie " Ariel esclave chantera. — Voilà donc un livre de maturité, qui ne se veut sensuel qu'autant que le comporte la meilleure tradition du lyrisme, mais qui prétend s'élever jusqu'à cette " émotion de pensée ", que le lyrisme moderne nous communique exceptionnellement. Livre vivant, et livre noble, il fait le plus grand honneur au poète qui l'a conçu. Il est écrit dans une langue ferme, imagée mais sans surcharges, dans un rythme le plus souvent classique, toujours d'aplomb et toujours large, où l'alexandrin souvent prête appui

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