Page:NRF 7.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DANIEL DE FOE 153

de chêne, vous amenez à vous les tricots de marins, les bas de femmes et le linge. Et, tandis que vous vous hâtez, que vous souriez — pauvre petite femme — d'un sourire mouillé de larmes, tout à coup vous pensez : " Quand reviendra Daniel ? Sera-ce pour Nod ou pour Saint Valen- tin ?" — "Ce ne sera pas pour plus tard, mistress, répond Barbe la voisine qui vend des pommes cuites ou John le gagne-petit qui affûta longtemps les couteaux du boucher James Foê. Encore un mois à peine et l'on dit que, vers février de l'année qui vient, Sa Grandeur l'archevêque de Canterbury couronnera roi, dans Westminster, Guillaume prince d'Orange... "

Suzanne de Foë, vous chancelez sous le poids de la nouvelle ; avec effusion vous baisez le front de vos enfants ; vous riez, vous chantez. En vain tombe la neige, en vain souffle le froid, en vain tinte la petite cloche de Saint-Gilles pour les morts de St. Bartholomew's Hospital à qui l'hiver a croisé les mains sur les draps, vous vous tenez au comptoir de chêne et pâle, heureuse, gaie, vous écoutez la prédiction de Barbe et du gagne-petit John.

L'on dit des rêves trop beaux que, parce qu'ils sont trop parfaits et trop lumineux, ils ne peuvent pas toucher à la réalité. Pourtant, le 13 février 1689, quand, de Saint-Paul à la Tour, de la Tour au Temple et du Temple à Westminster toutes

�� �