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154 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

les cloches de Londres répandirent sur la ville leur rafale de bronze, alors, pauvre Suzanne, vous comprîtes que c'était le grand jour qui se levait pour ceux qui — comme vous — attendaient depuis si longtemps passionnément.

Avec quelle hâte vous habillâtes de neuf ce matin-là les enfants et comme vous vous fîtes belle, Suzanne, au miroir qui n'avait pas reflété depuis longtemps votre sourire.

Et le bronze, et le bronze tintait.

Et c'était une cohue de coachs et de chevaux, de chaises et de carrosses, de carrioles et de cavaliers qui se succédaient ; tous les pauvres, tous les riches — clique et gentry mêlées — des- cendaient à flots pressés Cripplegate. Et partout se voyaient des arcs de gui, de lierre et de feuillage; partout des flambeaux, partout des étendards !

Les premiers de ceux qui parurent, tête empa- nachée, mollets nus, soufflant dans des cornemuses, furent les gardes d'Ecosse. Vinrent les hallebar- diers, tout dépenaillés par les combats auxquels ils avaient pris part, soufflants, rouges, robustes et portant, à la pointe de fer de leurs armes, ces preuves de leurs rapines : des jambons fichés et des poulets avec leurs plumes. Suivirent les arquebu- siers portant sur l'épaule leur arquebuse, les per- tuisaniers avec leurs pertuisanes, les uns droits, riant, chantant haut et fort tels des reîtres d'Outre- Rhin ; les autres le front bandé, la figure tailladée

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