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DANIEL DE FOE 193

allait te venger à jamais des fureurs et des haines: Robinson Crusoë.

VI

Il faut te souvenir, de Foë. C'était en 1709. Il y a de cela six ans, déjà. Tu revenais d'Ecosse, tu sais la belle terre toute parée de verdure et d'eaux, l'enchanteresse de Caledonia. ^ Dans ce temps de ta vie tu étais un homme heureux. Tu étais fort, tu étais libre, tu posais sans crainte ton pas assuré sur les chemins ouverts devant toi comme autant d'allées ensoleillées et tièdes. Les mauvais jours, les jours de deuil, les jours de pleurs et de sang, maintenant que tu allais dans les beaux paysages, à l'ombre des peupliers et des pommiers, le long de la fraîcheur des sources, tu n'y songeais pas autrement que l'oiseau qui a souffert l'hiver dans un nid glacé et qui, le printemps revenu, ne pense plus qu'à se baigner ingénument dans la lumière.

Ton destin, de Foë, te mena, vers cette époque de tes jours, dans le comté de Gloucester ; et ce fut une surprenante chose quand tu rencontras, pour la première fois, au bord de l'Avon, un peu avant la mer, le port de Bristol. Tu marchais, ce jour là, avec une ardeur si impatiente que c'était comme si quelqu'un de considérable t'eût attendu dans la cité, comme si quelque être extraordinaire

' Poème de de Foe sur l'Ecosse.

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