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3lO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

brutal, quelle nudité expressive ! Il semble que le musicien pénètre dans un autre monde, son monde, prêt à donner toute sa mesure, non dans l'analyse discursive ou dans la peinture exaltée des sentiments femelles, mais dans l'exaltation de la force et de la grandeur. Et en effet, soudain la symphonie s'aère ; une clarté, une ampleur, une perfection absolue de mise au point et d'équilibre, dans l'opposition des éclats aux silences, de la voix des héros aux échos de l'orchestre, viennent combler toute notre attente et par moments réaliser la grande tragédie vocale tant souhaitée et que peut-être M. Magnard nous donnera. C'est une très haute et très émouvante scène que celle de la méditation de Titus, oii serpente une longue fugue résignée ; il n'y a pas moins de grandeur dans le débat de l'empereur contre le vieux guerrier Mucien dont le carac- tère est tracé par quelques accords sans réplique ; même, le trouble de Titus en présence de Bérénice sait se communiquer à nous, et l'acte finit dans la force. Prenant appui sur l'héroïsme, et sur l'accent rhythmique, le musicien retrouve son élan. Il n'est pas l'homme de la psychologie filandreuse ni de la mélo- die continue. C'est un danseur, au sens où l'on peut dire que la tragédie est une danse, — le sens grec.

Je ne veux pas douter de l'intérêt musical pur que présente^ dans ses trois actes, la tragédie de Bérénice; la volonté de noblesse y est indiscutable, mais prend souvent une sorte de carac- tère agressif, et n'admet pas assez de relâche ; maintes heureuses innovations y seraient sans doute à noter... Mais j'ai tenu à me placer au point de vue du spectateur dans le théâtre ; il réclame d'abord intelligibilité, puis émotion ; l'une et l'autre lui furent trop souvent refusées. Si donc je me permets d'avouer aujourd'hui n'avoir perçu et pleinement goûté qu'un acte de cette tragédie, celui précisément où l'héroïne a la moins grande part, ce n'est pas pour diminuer le mérite de M. Magnard dont certaines œuvres furent pour moi des révélations décisives, mais pour tâcher une autre fois d'obtenir de lui tout mon

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