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LE RAIL 33

— Allo !... Le 129 déraillé en gare... Oui, le 129... Vous êtes sourd ?... Merde !

Les poches d'eau, vidées dans le foyer de la 3.609 réteignaient ; la vapeur augmentée, continuait par masses et par jets d'envelopper la tête brisée du train.

Dans les derniers voyageurs dégagés, quelques-uns à l'émotion contenue, demeuraient à pied d'œuvre. Un capi- taine d'infanterie arrêtait les femmes de se blesser en course sur le ballast où leur pied tournait. Elles aimèrent s'abriter à un prêtre descendu de 3* classe, en queue du train.

Les voitures intactes maintenant désertes, une foule serrait l'épave fumante. Des hommes venaient encore : camionneurs de la cour P. V. et ouvriers des usines em^ branchées.

Huche, premier monté sur le fi'acas, dégarnissait à coups de talon l'arête de verre des portières tordues, face au ciel. Plongé par cette trappe il hissa un homme aux paupières closes. Des mains promptes, qui n'étaient pas de la C'*, en tiraient un autre, gros à porter à trois. Son front donnait l'apparence du cuivre rouge, mal martelé. Le sang ne coulait qu'à droite, lentement, d'une source cachée par les cheveux noirs et imitait sur la joue le lacet des ruis- seaux dans les prairies fraîches. Les geignements de ce colosse montèrent au hurlement, sa soufifrance multipliée par les chocs du transport difficile dans les débris. Posé sur un coussin de banquette, il donna une plainte régu- lière. Des sauteurs de clôture, leur épouvante évaporée dans la plaine sans rails, revenaient. La 4^ voiture, i" classe, soulevée oblique, son marchepied à deux mè- tres du sol, tenait un homme debout comme à un balcon.

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