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LA FÊTE ARABE 399

avec une rapidité folle. L'un d'eux s'arrêtait-il hors d'haleine, la gaule s'abattait sur son petit crâne rasé, d'où émergeait comiquement une mèche de cheveux ; des cris perçants interrompaient cette lecture vertigineuse, qui reprenait son cours aussitôt; et le vacarme des voix se perdait, s'évaporait à son tour dans la torpeur brûlante où semblaient s'anéantir tous les bruits...

Il faut avoir parcouru pendant des jours d'immenses étendues pierreuses et traversé en plein midi les ruelles de ce village embrasé, pour sentir le bonheur de se trouver tout à coup dans une vasque de fraîcheur et d'ombre. Sous les palmes qui s'inclinent, entre deux murailles vertes, le ravin profond de l'Oued n'était qu'un bois de lauriers roses, une longue traîne embaumée. La rivière, presque desséchée par tous les canaux qui l'épuisent, brillait en minces filets d'eau à travers ces masses fleuries. Un cavalier en burnous blanc, sur un cheval azuré, volait de roche en roche au milieu du bouquet, et sous les pieds de sa mon- ture l'eau jaillissait en étincelles. Des formes blanches, jaunes et bleues, toutes couvertes de bosses où il était malaisé de deviner une femme, descendaient du village par de venelles sombres. Sitôt arrivées au bord de l'oued et débarrassées de leurs fardeaux, battoirs, linges, mar- mites, plats de bois, enfants même, elles retroussaient leurs draperies sur leurs merveilleuses jambes nues et piétinaient leur linge en cadence, ou bien elles le battaient à deux mains avec une crosse de palmier d'un geste large et pareil à celui d'un exécuteur. Au milieu des lauriers, des enfants se baignaient ; la rivière trop peu profonde pour qu'ils pussent s'y plonger tout entiers, le bain n'était qu'un jeu, ime bataille où ils s'éclaboussaient à plaisir.

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