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LA FÊTE ARABE 4O3

Je m'enchantai une semaine de cette vie pittoresque. Mais on éprouve assez vite une sorte d'oppression à ne rien deviner des sentiments qui s'agitent sous les voiles des femmes et sous la laine grise des burnous. Toute cette vie exotique vous demeure tellement étrangère qu'elle arrive à vous apparaître non plus comme la vie elle-même, mais comme une image, un tableau dont la réalité véritable se déroulerait quelque part, à des milliers de lieues. Le village, si paisible, si reposé les premiers jours, s'était tout à coup transformé. Du matin jusqu'au soir reten- tissait maintenant l'aigre son du hautbois et le battement infatigable du barbare tambourin. En plein midi, dans ces ruelles hier à cette heure endormies, passaient des cor- tèges éblouissants, des gazes pailletées, de hauts diadèmes d'or, des agrafes d'argent, tout cela dans un tintement de bracelets agités à chaque pas, de coups de pistolets chargés jusqu'à la gueule, et le vacarme assourdissant d'une musique toujours la même, misérable et forcenée, quelques notes éperdument répétées et comme aigries dans la lumière. Sans hâte, gravement, ces éclatants cortèges traversaient le village pour s'enfoncer dans l'ombre d'une grange où se tenait la fête. Quelle fête ? Que célébrait-on ici dans la poussière et les mouches ?... Tour à tour, deux par deux, les femmes se levaient, les unes strictement voilées, les autres la figure découverte, plus impénétrables encore tant elles mettaient d'application à ne rien laisser paraître de leurs sentiments sur leurs visages. Les bras mollement étendus et les mains agitées de mouvements rapides, elles s'avançaient lentement dans une espèce de marche sacrée. Quelle pudeur dans ces pas, dans ces regards baissés, dans ces bondissements aussitôt retenus, dans ces gestes rythmés

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