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422 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

la plaine ; au-dessus, l'ancien village arabe, couleur de cendre et de noisette, si pareil, si mêlé au sol que l'oeil l'en distinguait à peine ; et plus haut, sur la colline, de blanches constructions pittoresquement groupées, mais qui laissaient apercevoir de larges pans de ciel à travers leurs murailles, et semblaient être dans un étrange état de délabrement et d'abandon.

Dans la rue du faubourg, qui continuait cette bizarre avenue, entre les maisons sans étages, uniformément bâties de briques, une affreuse odeur de graillon et d'anisette espagnole, exaspérée par la chaleur, formait comme un brouillard où l'on serait entré. Des femmes bavardaient d'une maison à l'autre dans un patois sonore, et leurs bambins morveux se traînaient au bord des trottoirs. Un rideau de corde tressée défendait les portes ouvertes contre la poussière et les mouches; une bouteille suspen- due au milieu, enveloppée de chiffons humides, fraîchis- sait dans le courant d'air. Je distinguais au fond des cours ces haillons si pittoresques à voir dans les faubourgs d'Espagne ou d'Italie. Sur les boutiques, on lisait des prénoms venus en droite ligne d'Alicante ou de Palerme. Deux ou trois terrassiers, la pelle sur l'épaule, coiffés du feutre italien ou du béret espagnol, s'en allaient devant moi ; et dans cette singulière banlieue, j'aurais pu me croire transporté au fond des Fouilles ou du Guadalquivir.

Suivant toujours cette rue empestée, je débouchai sur une place où trois bâtisses monumentales luttaient ensem- ble de laideur. Celle du milieu, la plus voyante, tenait à la fois du chalet suisse, de l'Alhambra, des communs de grands hôtels et des villas d'Asnières; on eût dit d'un

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