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44^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

M. Barre attribue à ce morceau une importance poétique qu'il n'a pas. — La part de l'intentionnel et du conscient est fort exagérée ; nul poète plus que Mallarmé n'est mené, tyrannisé, par les mots, les images, les associations les plus accidentelles et les plus imprévues ; comme poète, il est ici plus près des romantiques et de Verlaine que des classiques et de Baudelaire. — Quelques remarques justes sur sa syntaxe, mais que " le verbe joue dans sa phrase un rôle capital ", c'est juste le con- traire de la vérité ; l'idéal de Mallarmé serait plutôt de l'éli- miner. — Surtout, et bien que cela soit répété partout, il n'a pas " transposé en littérature une méthode de composition spéciale à la musique " (si ce n'est dans Un coup de Dés, son dernier ouvrage, dont M. Barre ne dit d'ailleurs rien). Il n'avait ni la culture ni peut-être l'oreille d'un musicien : lui-même, dans Bucolique, nous dit qu'il vint tard à la musique, et par curio- sité de lui confronter une poésie née hors de son influence.

De ces trois " maîtres ", le seul qui paraît à M. Barre approcher de la perfection est Moréas, — le Moréas des Stances. Il se réfère ici à l'opinion de M. Faguet : " La forme est admirable, écrit au sujet des Stances M. Emile Faguet, d'une pureté absolument classique, avec le goût des images justes et le don de les trouver toujours sans effet. " Les certi- ficats de M. Faguet sont, quand ils concernent un poète, bien discutables. Les Stances, qui ont été saluées comme la négation du symbolisme et comme un retour authentique à l'art classique, ne sont-elles pas au contraire l'expression même de ce que le symbolisme comportait d'échec devant les sentiments profonds et les grandes idées humaines, le fruit de cendre que devaient découvrir à la fin ses feuillages dorés ? On chemine dans ces grêles quatrains comme sur une pente d'asphodèles desséchées, et leur déroulement mécanique ne propage aucun chant. M. Barre voit dans les Stances des " sentiments philosophiques d'une élévation assez haute pour valoir au poète qui les fixe dans ses vers l'honneur de se voir comparer aux plus grands

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