Page:NRF 7.djvu/507

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NOTES 5°^

invraisemblance. Il la côtoie ainsi lentement d'un bout à l'autre, comme un laboureur qui gouverne sa charrue au plus près d'une rangée de vigne, l'esprit entièrement absorbé en chaque minute de son parcours. — En somme toutes ses qualités tendent au contraire de ce qu'il veut obtenir ; et c'est ce conflit de l'intention et des moyens qui nous met mal à l'aise devant ses toiles. Pareil à quelqu'un qui n'arrive pas s'élancer, qui piétine au lieu de danser, sans cesse le dessin ébauche un essor qu'il ne sait pas continuer : il prend quelque indépendance, il se dégage un peu de la partie qu'il est en train de traiter, mais sitôt qu'il atteint la suivante, il se laisse par elle réasservir.

Cette première contradiction en emporte tout naturellement une seconde. Si Vallotton, comme Ingres, s'efForce de jeter autour de la forme une ligne simple et continue comme un lasso, c'est pour la fixer, pour la rendre immobile sans violence, en apaisant son mouvement, c'est pour représenter son repos. — Mais ce dessin trop serré, étrangle le mouvement au lieu de l'arrêter, et enferme le modèle dans une attitude si stricte et si définie qu'elle apparaît toute transitoire. Toutes les figures de Vallotton ont quelque chose de mal déployé ; elles sont comme un animal pris au piège et qui reste raide, maladroit, malheu- reux, avec les pattes cassées et plein du désir de s'échapper. Trop fidèlement cernées, trop étroitement surveillées par le trait, elles ne parviennent pas à prendre l'aisance qui les pour- rait mettre en repos. Il est significatif de constater qu'alors que presque toutes les déformations d'Ingres sont des allongements, presque toutes celles de Vallotton sont des raccourcis. Le trait retient les bras, les jambes du modèle, au lieu de les accom- pagner, il les empêche de se développer et de s'étirer jusqu'au calme. Il les ramène durement et les oblige à demeurer dans une sorte de repliement anguleux, si pénible qu'on ne peut pas le sentir durable.

C'est par là que Vallotton, quoi qu'il en aie, ressemble à tous les peintres de sa génération et s'avoue impressionniste. Il ne

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