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502 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

l'est pas sans doute à la façon de Monet ou de Pissarro, en baignant les contours d'indécision, en les plongeant dans le flottement de l'atmosphère, mais à la façon de Manet, c'est-à- dire en montrant le modèle tel qu'il s'installe pour recevoir le regard du peintre, en peignant, au lieu du modèle lui-même, une de ses poses. Et la couleur de Vallotton n'a pas la saveur de celle de Manet. J. R.

ŒUVRES DE PIANO DE J. S. BACH, jouées par Blanche Seha. (Salle Pleyel).

Je ne veux pas ici essayer d'analyser ces oeuvres sur lesquelles toute la musique est fondée, mais seulement dire quelle sorte d'émotion il me semble qu'on doit espérer d'elles.

Qu'on ne vienne pas leur demander du plaisir. Il faut se placer en face d'elles comme un pénitent et les entendre comme une accusation. — Toute autre musique cherche à nous tourner, à nous séduire ; elle ne s'empare de nous qu'en nous gagnant peu à peu à sa cause, elle nous caresse jusqu'à nous entraîner avec elle. Mais Bach marche sur nous, il ne cache pas son intention qui est d'avoir raison de nous, il veut vaincre, il veut nous faire crier merci. Toutes ses œuvres ont le même sens ; elles ne fléchissent pas, elles ne sont en somme qu'un mouvement, et toujours le même, et toujours vers le même but orienté : un assaut. Dès les premières notes nous voici mis en cause, voici qu'il s'agit de nous profondément. Chaque mesure, d'un train que rien n'arrête, charge contre nous. Et la dernière, bien longtemps après que nous sommes rendus, triomphe encore de nous. Pas d'élision, chaque reprise est intégrale ; car cette musique ne pense pas à notre commodité, et ne travaille qu'à nous accabler.

Je l'écoute comme un homme qui n'en peut plus, avec essouf- flement, avec plainte, avec défaite. Je n'attends d'elle d'autre joie que celle d'être offensé et que la purification que l'on

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