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514 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

daines", fait justice de la légende que le vieux Ziem avait imperturbablement édifiée autour de la Marche Funèbre de Chopin :

" Dans leurs notes nécrologiques sur le peintre Ziem, plu- sieurs journaux et revues nous ont présenté cet artiste comme un intime de Chopin.

Certains, même, déclaraient avec conviction que la célèbre marche funèbre du musicien polonais avait été composée en compagnie du peintre ; et Ziem, en effet, s'appliqua souvent à accréditer ce point d'histoire.

La variété des récits qu'il donna à ce sujet dénote du moins une belle imagination. Tantôt les faits se situent rue Lepic, dans son atelier — ce qui est un anachronisme flagrant, la marche funèbre de Chopin ayant été écrite en 1839, alors que Ziem, âgé de dix-huit ans, n'habitait pas encore Paris ; — tantôt l'aventure se déroule dans une mansarde de Nice, et voici comment le Cassels Magazine nous la rapporte :

" J'offrais, dit Ziem, à dîner dans ce petit espace. Nous étions pauvres comme des rats, mais nous étions jeunes et nous étions gais. Il était près de minuit et les bougies achevaient de brûler, lorsque quelqu'un me pria de jouer une valse. Je me levai, et en passant je me heurtai contre le squelette que j'em- poignai et dont j'employai les doigts osseux à frapper sur le piano les premières mesures d'une valse. Subitement, je fus repoussé du piano en même temps que le squelette m'était arraché des mains, et Chopin prit ma place. Et comment joua-t-il ! Tout le monde retenait son souffle. Je vois encore les visages des assistants : Alfred de Musset, les plis de son front profondément accusés ; Balzac, éclatant de joie et de vie ; Houssaye, George Sand, blanche comme un linge, et dont les grands yeux brillaient comme des étoiles ; Rossini, Delacroix, je les vois tous.

" Les bougies s'éteignirent, l'obscurité d'une nuit d'été fit place à la pâle lueur du jour et c'est alors seulement que nous

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