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LA FÊTE ARABE 603

ancienne splendeur. Dans le Mzab, comme à Ben Nezouh et dans toutes les oasis rencontrées sur mon chemin, le progrès a fait son œuvre. Tous ces marchands mzabites, si prospères autrefois, sont maintenant ruinés ; les villes et les villages où s'exerçait leur commerce se sont vidés de leurs habitants arabes, ou bien ceux-ci sont devenus si pauvres que l'idée seule de trafiquer avec eux apparaît comme une triste ironie. On en trouve encore dans nos villes, de ces marchands puritains : on les reconnaît aisément à leur turban qui est plat, et à je ne sais quel air protestant répandu sur leur personne. Ils exercent de petits métiers, ils sont fruitiers, bouchers, épiciers, fort habiles, économes. Eux aussi, chaque année, reviennent apporter à la terre des ancêtres le gain de la saison, le petit couffin où les douros se dissimulent sous les fruits et les provisions du voyage. C'est une goutte d'eau dans le désert, cela ne sufllit plus à l'entretien de ces jardins coûteux et magni- fiques. Les puits se sont comblés, les canaux ont été envahis par le sable. Parfois encore un faible bruit, un grin- cement de poulie monte dans le silence : on tire de l'eau quelque part ; et ce grincement de poulie semble le cri de cette terre assoiffée, le dernier soupir de la volonté mystique qui s'est déployée jadis si puissamment dans ces lieux, et qui ne se résigne pas à mourir.

Avec le crépuscule, la diligence fit son entrée bruyante dans la ville fantôme, la sainte Ghardaïa. Je passai la nuit dans le quartier réservé aux Roumis, aux prostituées, aux entremetteurs et aux marchands d'alcool. Le lendemain je continuai ma route, à cheval cette fois, en compagnie d'un négociant mzabite que j'avais rencontré dans la voiture, et qui se rendait, comme moi, à Guerrara.

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