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604 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Toute la matinée nous cheminons à travers le cimetière des jardins, dans ce fabuleux paysage de la détresse arabe. Bientôt au désert de sable rose succède l'effroyable Chebka. De nouveau les ravins, les falaises avec leurs rochers étincelants comme des braises, les torrents de cail- loux noirs ; et de nouveau la Hammada, l'éternel plateau pierreux, la mer de rocailles triste et grise où l'on n'a l'impression de l'étendue que par les heures écoulées, car rien ne surgit dans ces espaces qui permette de se rendre compte qu'on approche ou qu'on s'éloigne. Une profonde crevasse, une gorge sauvage, encombrée de broussailles, le lit de l'Oued En Nsa, la rivière des femmes, interrompt un instant la sinistre étendue. De loin en loin, sur les rives, les beaux arbres mystérieux que j'avais vu rassem- blés en forêt, et qui dans ces pierrailles, avec leurs dômes de velours sombre, semblent plus surprenants encore. Leurs longues racines décharnées se glissent le long des berges, comme des serpents monstrueux, vers des excava- tions profondes pour aller y chercher l'eau qui reste des pluies. Le lit desséché de la rivière est rempli de traînées de cailloux bleus. Le soleil qui tombe à l'horizon en éclaire la crête, y allume des lueurs ; chaque pierre devient une vague d'azur avec sa crête blanche, et cette jonchée de cailloux une joyeuse rivière brillante qui court à nous en bondissant.

Nous marchons quelque temps encore dans la mer des pierrailles pour profiter de la fraîcheur de la nuit. La lune qui se lève transforme en paysage polaire, en un immense champ de neige, ces étendues brûlées tout le jour. Le froid très vif, qui nous tourne et nous retourne sur le maigre tapis où nous nous couchons pour dormir.

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