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LA FÊTE ARABE 605

nous ferait presque croire à la réalité de cette illusion nocturne. Aussi dès que paraît dans le ciel la Nedjenat el Gherrar, l'étoile trompeuse qui annonce le matin proche, alors qu'il n'est quand elle se lève que le milieu de la nuit, nous nous mettons route à pied, derrière nos bêtes. Ce soir nous serons à Guerrara.

Vers le milieu du jour, mon compagnon jusque là silencieux, et même assez maussade, éprouva le besoin d'échanger quelques mots pour me dire son plaisir d'ap- procher de son pays. Et cependant autour de nous, tou- jours le même vide, la même grisaille éperdûment répandue; et rien, toujours rien qui annonce le voisinage de quel- qu'endroit habité.

A mesure qu'à la fuite des heures je me sentais plus proche du but de mon voyage, je désespérais de rencontrer jamais personne, à plus forte raison un ami, dans une pareille solitude, et sous l'effet de la désolation qui naît d'un excès de lumière, je regrettais de m'être mis si légè- rement en chemin.

Vers le soir cependant, le nord de la terne Hammada parut s'illuminer ; une lueur inespérée, rassurante comme un visage humain, se leva dans l'uniformité grise. Ce ne sont pas les feux du couchant qui allument là-bas ces clartés: le soleil assez haut ne jette sur les choses d'alentour qu'une lumière blanche et plutôt froide. C'est du sol même, couvert de cailloux roses, que sortent ces tendres couleurs. Et dans cette prairie mystérieuse, pareille à des trèfles en fleur, s'étend, comme un lac ou un mirage, une nappe d'un bleu vert, ce bleu des oasis, changeant, plein de reflets et chargé de repos.

Mon compagnon, en signe de joie ou pour annoncer

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