Page:NRF 7.djvu/645

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LA FÊTE ARABE 639

celui qui la paie, et où tout le quartier retentit dans la nuit de la rhaïta et du bendir.

Je ne passais guère devant la case d'Aïchouch sans dire bonjour à Zohira. A ma vue elle faisait l'effrayée et courait se cacher derrière la malle ornée d'un croissant et d'une étoile, qui composait avec le tapis tout le mobilier de sa sœur. Je la péchais par sa gandourah et quelquefois par la peau, comme on fait d'un petit chien. Elle criait, se débattait, puis elle sautait sur mes genoux, prenait mon casque ou mon képi, l'enfonçait comiquement sur sa tête, imitant tous mes gestes avec la grâce incomparable qu'ont les enfants arabes, et si je désirais demeurer en tête à tête avec sa sœur, il me fallait employer mille ruses pour éloigner de nous ce démon familier, persécuteur et jaloux.

Un beau jour elle disparut. Je m'informai près d'Aïchouch de ce qu'elle était devenue. Elle me répondit gravement que la petite était mhadjouba, c'est-à-dire enfermée dans la maison maternelle, comme toute honnête fille de l'Islam en âge de se marier.

Deux ou trois années s'écoulèrent. J'avais complètement oublié ma petite amie Zohira, quand un soir après dîner, passant chez les Ouled-Naïls, j'entendis des hurlements inhumains sortir de la tanière d'Aïchouch. J'entrai, et trouvai là criant, gesticulant, toutes prêtes à en venir aux mains, Aïchouch et sa mère, et dans un coin, un petit paquet de voiles où je voyais briller deux yeux.

Sitôt que j'eus franchi le seuil, ce petit paquet s'anima, bondit, vint s'abattre à mes pieds. Je reconnus alors Zohira très embellie et devenue femme, bien qu'elle conservât encore beaucoup des traits de l'enfance.

�� �