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��LE THEATRE

La Profession de Madame Warren (Théâtre des Arts)

Il n'est pas certain que la Profession de Madame Warren fût la pièce la plus propre à faire goûter en France le théâtre de Bernard Shaw. Cet auteur n'est pas de ceux qui travaillent loin de la foule et du bruit et auxquels un traducteur doit chercher avant tout à épargner les insolences d'un public mal préparé. On comprend la prudence lorsqu'il s'agit d'un maître qu'on vénère et qu'il serait odieux d'exposer aux quolibets ; ainsi est- il naturel qu'on ait représenté Maison de Poupée avant de jouer le Canard sauvage. Mais Bernard Shavi^ qui est tout paradoxe, impertinence et coups de boutoir ne réclame pas de tels ména- gements. Ses bruyantes préfaces, ses déclarations de guerre aux goûts et aux traditions de son peuple, ses éclats, son bluff, son succès, tout semblait devoir diriger l'attention vers ses pièces les plus marquées, les plus agressives, les plus éloignées de nous. Choisir la Profession de Madame Warren^ c'était s'en tenir au moindre risque, méthode qui peut paraître la plus sage et n'est pas toujours la plus avisée. On craint de heurter les habitudes du public, et ce même public se plaint qu'on lui serve toujours du même plat. N'aurait-on pas plus de chance de le gagner par l'étonnement et la nouveauté, que par les vagues airs de parenté qu'une pièce telle que la Profession de Madame Warren peut avoir avec nos pièces à thèse, depuis Dumas fils jusqu'à Brieux pour qui Bernard Shaw proclame tant d'admiration ?

Faut-il que la société soit mal agencée, s'écrie notre auteur, pour qu'une femme pauvre et énergique n'ait moyen d'échap-

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