Page:NRF 7.djvu/749

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


JEAN MORÉAS 743

Riez comme au printemps s'agitent les rameaux, Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève, Goûtez tous les plaisirs et soufirez tous les maux ; Et dites : c'est beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve.

Quelle bizarre Parque au cœur capricieux Veut que le sort me flatte au moment qu'il me brave ? Les maux les plus ingrats me sont présents des Dieux Je trouve dans ma cendre un goût de miel suave...

Triste jusqu'à la mort, en même temps joyeux Tout m'est concours heureux et sinistre présage Sans cause l'allégresse a fleuri dans mes yeux Et le sombre destin sourit sur mon visage.

Ainsi, une joie qui ne va jamais sans un arrière- goût d'amertume, une amertume qui n'est jamais sans douceur, voilà l'état d'équilibre intérieur que nous proposent les Stances. Il ne séduira point ceux qui prisent par-dessus tout l'ardeur ; il retien- dra les cœurs épris de noblesse ordonnée et grave; et la plupart de ceux qui le dédaigneront, c'est qu'ils ne seront point dignes de l'apprécier.

Hélas ! coeur trop humain, homme de peu de foi.

Aux regards éblouis d'une lumière en fête, Tu ne sauras jamais comme elle éclaire en moi. L'ombre que cette allée au noir feuillage jette !

Sur cette magnifique image se clôt le poème, comme sur un funèbre et riant portique qui en prolonge au loin les perspectives.

�� �