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744 * LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Cette sensibilité profonde, aiguë et cependant sereine que nous venons de décrire doit être peu ou prou celle de tout poète tragique, de Sophocle et de Shakespeare, de Corneille et de Racine. Comment, en effet, le tragique peindrait-il les pas- sions s'il n'était capable de les ressentir? Et comment, d'autre part, en composerait-il un ensemble s'il ne pouvait se libérer tour à tour de toutes et de chacune ? Mais sa personnalité dans ce qu'elle a de plus intime demeure étrangère à son œuvre, et les malheurs d'Œdipe ou du Roi Lear, la passion de Phèdre ou la sublime folie de Polyeucte n'en- gagent après tout que son imagination et sa raison. Racine, quand il se convertit, renonce au théâtre. Mais en Moréas le poète et l'homme ne font qu'un. Tragique, il ne l'est pas seulement dans sa poésie, il l'est dans sa vie intérieure. Des hauteurs de la sensibilité tragique, il ne contemple pas seulement Iphigénie et Achille, Clytemnestre et Agamemnon ; il se contemple lui-même et sa destinée, réduite il est vrai à des lignes si simples et si générales qu'elle se confond avec la destinée humaine. C'est cette intime fusion du lyrique et du tragique, cette sublimation du lyrique en tragique qui fait la beauté proprement incomparable des Stances.

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