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770 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

quand je gagne mon lit, la tente en est pleine. L'un d'eux, sous la selle jetée dans un coin, lance de temps en temps un cri strident; impossible de le débusquer. Un autre, abrité derrière la moustiquaire, invisible et secret, imite le bruit d'une montre ; il me rappelle, sitôt que j'ai fermé les yeux, le tic-tac régulier d'un honnête réveil que l'on pose le soir, à son chevet, quand le lendemain il faut se lever tôt, pour prendre le premier train...

VII

i"^ mai, de Tchoba à Tadetcha-Malka.

Le froid, l'humidité, dès que je sors de la tente, me saisissent. Nuages bas et noirs. Par dessus les montagnes du Kassam qu'elles débordent, leurs masses épaisses se déversent et roulent dans le ciel où le vent les disperse. Etroite lumière couleur de cendre. A peine avons-nous quitté le plateau de Tchoba, l'averse éclate. Sous les rideaux de pluie qui s'abattent de toutes parts, en un moment, les rondes collines que nous montons et descen- dons disparaissent. De chaque côté de la piste, on n'aper- çoit plus que des buissons ruisselants, quelques têtes de rochers bien lavés, d'un brun luisant, comme verni : à dix pas, tout s'efface, tout se brouille dans la brume d'eau. Ma lourde capote bientôt est percée, ma pipe éteinte, je sens ma culotte me coller aux genoux ; il n'y a pas à s'arrêter du reste ; le parasol à jour des mimosas laisse passer l'ondée, et déjà la poussière profonde, peu à peu détrempée, se fait boue, forme galoche aux sabots des bêtes ; mes semelles à clous, si je risquais de mettre

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