Page:NRF 7.djvu/799

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d'aDDIS-ABEBA a DJIBOUTI 793

Tandis que la tente se dresse, je gravis une ronde colline toute proche sur quoi l'on aperçoit, au milieu d'une enceinte de pierres, les toits croulants de deux ou trois toucoules où se morfondent les gardiens du poste téléphonique installé Dieu sait pourquoi ! dans cette solitude sans passants et sans voix... Au seuil de son gourbi, un employé, grand gaillard vêtu du chamma abyssin, la cartouchière autour des reins, m'accueille et tout de suite, d'un air important, me mène à son appareil dont je n'ai que faire. Mais à peine l'interprète nous a-t-il rejoints, il s'élance vers lui et, d'une voix âpre, je l'entends qui lui reproche d'avoir fait boire nos bêtes à l'abreuvoir secret. Il ne nous a pas vus : déjà, pourtant, il est averti... Au plaisir que nous fit la découverte, je mesure le dépit qu'il traduit si véhémentement et que du reste quelques thalers apaisent.

De quelle foisonnante lumière dorée, le jour qui finit emplit, sous mes yeux, la plaine spacieuse et désolée !... A quelques pas, contre le mur qui entoure le poste, un homme se tient immobile, un Gourgoura à l'épaisse tignasse emmêlée, accroupi sur les talons, enveloppé tout entier dans une pièce de toile, noircie par l'usage et, qui ne laisse rien voir de son torse nu. Il tient sa lance droite entre les genoux et regarde au loin. De curieux bracelets d'ivoire travaillé ornent ses poignets. Je lui fais demander s'il consentirait à me les vendre. Il ne répond pas. Du moins qu'il me les laisse voir. Sans mot dire, il soulève sa draperie juteuse de graisse et me tend son bras musclé. Surprenante fraîcheur de cette chair ferme que je tâte et palpe : sa peau ointe de beurre est plus lisse, plus onctueuse au toucher que l'ivoire de

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