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820 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autre chose que de la viande, oui, madame, qui cuit pour ce soir. Parce que, vous comprenez. Dimanches aussi bien que jours de semaine, mon homme va travailler dans les bois, mais le Dimanche nous faisons un peu la fête. Des fois, nous invitons les voisins, nous aussi, pourquoi pas ? Comme les riches. C'est le seul plaisir qu'on ait sur terre. Il n'était pas question de mettre de l'argent de côté pour ses vieux jours. On en connaissait ici qui avaient placé des milliers de francs " dans le Panama. " Allez donc voir ce que c'est devenu ! Mieux vaut employer son argent à bien manger et à bien boire. Il serait préfé- rable de n'en manquer jamais, d'être de bons clients pour les bouchers. Mais c'est déjà beau de pouvoir faire chaque Dimanche un festin. Le reste du temps, on ne s'en tourmente pas davantage. Il vient des enfants, que c'en est une bénédiction ! Ils n'arrêtent pas de crier dans le berceau, de tomber de la chaise, d'ouvrir la barrière à claire-voie, dès que l'on a le dos tourné, pour aller se rouler dans le sable si ce n'est dans la boue. Il faut les nettoyer, les moucher, leur distribuer des taloches, des gifles. Il faut travailler pour nourrir au petit bonheur tout ce monde-là. Mais c'est la vie telle quelle, qu'il faut savoir prendre par le bon bout. On les connaît aussi, ceux qui regardent à un sou, qui ne fument pas, qui ne boivent chez eux que du vin mélangé de beaucoup d'eau, celles qui sont toujours à laver, à coudre, à repasser, à brosser, à cirer. Mais moi, madame, je sais bien que, tant qu'on est sur la terre, il faut se donner le plus possible de bon temps. Me voici avec huit enfants, sans compter celui-là que je tiens sur mes bras, et je ne suis pas vieille : vous croyez qu'on se tourmente, Maraloup et moi .? Quand on

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