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856 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ma troisième figure du voyage, le pèlerinage romantique. Celui- ci ne met point ses pas dans des pas. Il demande à la terre, aux villes, d'exalter sa puissance de vie, de lui faire sentir plus profondément et plus voluptueusement qu'il est lui. Et, comme chacune de ces fins formule une impossibilité, le pèlerinage romantique fait assez naturellement du pessimisme. Il eut, je crois, son type original dans le Childe-Harold de Byron ; mais le romantisme français le diversifia en bien des façons. Indivi- duel, il se définit mal. Voyez pourtant ce qui, chez Gautier et Loti, dépasse la description, insistez sur ce fond de lassitude qui transparaît derrière leur santé professionnelle de peintre, éclair- cissez ce sentiment de l'exotisme que Chateaubriand mûri laisse tomber dédaigneusement parmi ses dépouilles de jeunesse, mais que ses successeurs ramassent, songez à Mérimée, à Gérard de Nerval, aux Goncourt, — vous reconnaîtrez au moins une cer- taine direction au pèlerinage romantique. En même temps que cette direction, voyez le pays qu'elle traverse, relevez la géogra- phie qu'elle oppose aux trois sanctuaires du pèlerinage classique. Gautier dit que dès sa jeunesse il rêva de voir trois villes, Venise, Grenade, le Caire. Le pittoresque fragmentaire qui éblouit par sa diversité, le monde de la sensation colorée, la joie de l'excitation tonique, voilà ce qu'à la suite de la pein- ture la littérature demande à cet Orient apprivoisé. Comme le pèlerinage classique trouve dans le voyage une confirmation, le pèlerinage romantique y cherche une rénovation, y rencontre bien vite une répétition.

Je n'ai pris, avant d'arriver au nouveau livre de M. Barrés, Greco ou le Secret de Tolède, ce tournant un peu long que pour tenir mieux en lumière ceci, que M. Barrés est un pèlerin romantique, ou, si l'on veut, un pèlerin passionné. A cette troisième manière du voyage, il a fait toucher successivement sa beauté et ses limites. Un culte ne va pas sans pèlerinages. II a donné au culte du moi la technique des siens.

Il ne suffit pas de dire qu'il n'est pas un descriptif, il faut

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