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LA LITTÉRATURE 867

Je prends au hasard, dans cette dernière partie que je crois la moins réussie: "Acceptons le Grèce dans son intégrité, comme un peintre dont le génie c'est de penser à l'espagnole. Nous en avons connu bien d'autres qui pensaient à l'espagnole ! Notre Corneille, par exemple. Corneille et Greco altèrent les rapports réels des choses ! ils sacrifient ceci et cela, en vue d'obtenir un effet plus noble. Et don Quichotte ! Le Chevalier de la triste figure pense à l'espagnole, déforme toutes choses." (p. 163).

Penser à l'espagnole c'est déformer ? Quelle conclusion hâtive de voyageur, tirée de ce fait que le dessin de Greco est précipité, et qu'il eut du goût pour les ébauches ! Velasquez ne pensa donc pas à l'espagnole ? N'est-on pas frappé au contraire par le réalisme non seulement de l'école Sévillane, mais de cette sculpture étudiée par M. Dieulafoy ? Ne sommes-nous pas au pays des Christs en peau humaine ? Et le roman picaresque ? Sainte Thérèse et Saint Ignace ne demeurent-ils pas, au même titre que le bourguignon Saint Bernard, des tjpes de mystique réaliste, pratique ? (M. Barrés lui-même le rappelle et l'utilise en des pages de Du Sang). Et de ce que Corneille comme Victor Hugo a pris l'Espagne pour un décor héroïque, dirons- nous donc qu'il déforme, lui qui est un logicien et qui systé- matise ? Et n'est-ce pas d'une certaine volonté lucide, cruelle et sèche que M. Barrés lui-même s'est enrichi en Espagne ? N'y apprit-il pas à accepter, sans la raisonner à l'allemande ni la colorer à la vénitienne, sa sensibilité jaillissante et toute nue ? Et, lui qui dénia à Zola la faculté de penser en français, sous couleur de lointaine origine italienne, n'est-il pas amusant de lui voir prendre ces trois exemples de pensée à l'espagnole : un peintre crétois, un tragique normand, et un héros de roman qui, s'il est un déformateur, est observé et construit par un réaliste serré et précis qui est bien, lui, le contraire d'un déformateur, par un Cervantes qui se place devant son héros exactement comme Flaubert devant madame Bovary. Tel est le danger de ces indications par touches, de ces fusées discontinues.

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