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LETTRES A FANNY BRAWNE 973

peut-être était ce mieux ainsi. — Je n'aurais pu supporter la pression terrible de la jalousie qui me hantait, alors que je n'étais pas encore si profon- dément plongé dans l'intérêt des choses d'imagina- tion.

J'aimerais, tandis que mes voiles sont gonflées, voguer sans interruption deux mois de plus ; je suis en pleine fantaisie créatrice, en pleine fièvre, et je ferai beaucoup d'ouvrage durant ces quatre mois. Je m'aperçois, en parcourant cette page, qu'elle est d'apparence fort peu amoureuse et galante. Je n'y peux rien. Je ne suis ni un officier de parade ni un ministre de Roméo ! — Mon esprit est plein jusqu'aux bords — bourré comme une balle de cricket ; — si je tentais d'y ajouter la moindre chose, il éclaterait ! Je sais que la majo- rité des femmes me haïrait pour cela ; et de ce que j'ai un esprit assez rude et assez sec pour les oublier ; oublier les plus brillantes réalités pour les mélancoliques fantaisies de mon propre cer- veau. Mais je vous conjure de l'interpréter d'une façon plus équitable. Demandez-vous s'il ne vaut pas mieux vous expliquer ma façon de sentir que de m'étendre en paroles de passion factice . D'ailleurs, vous n'en seriez pas dupe ! — On chercherait vainement à vous tromper. — Ce sont là choses austères, très-austères, je le sais !

Mon cœur semble de fer. Je serais incapable de répondre convenablement même à une invitation

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