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INTRODUCTION.

L’une, au bord de la mer, étalant son luxe de favorite des marchands et des matelots, son bazar à demi turc, ses chantiers de navires, ses magasins et ses fabriques neuves, sa grande rue bordée de merciers, de tailleurs et de libraires ; et, sur la gauche, tout un quartier de négociants, de banquiers et d’armateurs, dont les maisons, déjà splendides, gravissent et couvrent peu à peu le rocher, qui tourne à pic sur une mer bleue et profonde. L’autre, qui, vue du port, semblait former la pointe d’une construction pyramidale, se montre maintenant détachée de sa base apparente par un large pli de terrain, qu’il faut traverser avant d’atteindre la montagne, dont elle coiffe bizarrement le sommet.

Qui ne se souvient de la ville de Laputa du bon Swift, suspendue dans les airs par une force magique et venant de temps à autre se poser quelque part sur notre terre pour y faire provision de ce qui lui manque. Voilà exactement le portrait de Syra la vieille, moins la faculté de locomotion. C’est bien elle encore qui « d’étage en étage escalade la nue, » avec vingt rangées de petites maisons à toits plats, qui diminuent régulièrement jusqu’à l’église de Saint-Georges, dernière assise de cette pointe pyramidale. Deux autres montagnes plus hautes élèvent derrière celle-ci leur double piton, entre lequel se détache de loin cet angle de maisons blanchies à la chaux. Cela forme un coup d’œil tout particulier.


IX — SAINT-GEORGES


On monte assez longtemps encore à travers les cultures ; de petits murs en pierres sèches indiquent la borne des champs ; puis la montée devient plus rapide et l’on marche sur le rocher nu ; enfin l’on touche aux premières maisons ; la rue étroite s’avance en spirale vers le sommet de la montagne ; des boutiques pauvres, des salles de rez-de-chaussée où les femmes causent ou filent, des bandes d’enfants à la voix rauque, aux traits charmants, courant çà et là ou jouant sur le seuil des