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VOYAGE EN ORIENT.

n’étais pas fâché, pour un jour que je passais en Grèce, de voir au moins un visage de femme. Et pourtant, cette simple curiosité de voyageur n’était-elle pas déjà une sorte d’adhésion au manège de l’affreuse vieille ? la jeune femme paraissait tremblante et incertaine ; peut être était-ce la première fois qu’elle cédait à la tentation embusquée derrière cette haie fatale ! La vieille leva le pauvre voile bleu de la paysanne. Je vis une figure pâle, régulière, avec des yeux assez sauvages ; deux grosses tresses de cheveux noirs entouraient la tête comme un turban. Il n’y avait rien là du charme dangereux de l’antique hétaïre ; de plus, la paysanne se tournait à chaque instant avec inquiétude du côté de la campagne en disant :

Ὦ ἀνδρός μου ! ὦ ἀνδρός μου ! (Mon mari ! mon mari !)

La misère, plus que l’amour, apparaissait dans toute son attitude. J’avoue que j’eus peu de mérite à résister à la séduction. Je lui pris la main, où je mis deux ou trois drachmes, et je lui fis signe qu’elle pouvait redescendre dans le sentier.

Elle parut hésiter un instant ; puis, portant la main à ses cheveux, elle tira d’entre les nattes tordues autour de sa tête, une de ces amulettes que portent toutes les femmes des pays orientaux, et me la donna en disant un mot que je ne pus comprendre.

C’était un petit fragment de vase ou de lampe antique, qu’elle avait sans doute ramassé dans les champs, entortillé dans un morceau de papier rouge, et sur lequel j’ai cru distinguer une petite figure de génie monté sur un char ailé entre deux serpents. Au reste, le relief est tellement fruste, qu’on peut y voir tout ce que l’on veut… Espérons que cela me portera bonheur dans mon voyage.

Triste spectacle, en somme, que celui de cette corruption des pays orientaux où un faux esprit de morale a supprimé la courtisane joyeuse et insouciante des poètes et des philosophes. — Ici, c’est la passion de Corydon qui succède à celle d’Alcibiade ; — là, c’est le sexe entier qu’on déprave pour éviter un moindre mal peut-être ; la tache s’élargit sans s’effacer ; la