Page:Nichault - Laure d Estell.djvu/250

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rait facile de détruire cette impression, je ne me suis occupée que des moyens d’y parvenir, et voici ce que j’ai résolu : j’irai tous les matins, avec ma fille, dans le petit bois où je l’ai déjà rencontré ; je sais qu’il vient souvent s’y reposer, et si le hasard l’y amène bientôt, dût-il deviner tout l’amour qu’il m’inspire, je lui dirai que mon amitié pour Frédéric est le seul sentiment que je puisse jamais lui porter ; que madame de Gercourt ne me pardonnant point de mépriser ses opinions, me traite en ennemie, et que j’ai cherché cette occasion de le désabuser des idées qu’elle lui a probablement suggérées sur mon compte. Enfin, ma Juliette, je préfère m’abaisser à une justification humiliante, que de le laisser dans une erreur qui me serait funeste. Il verra le prix que j’attache à son estime, il verra ma faiblesse, son empire ; et par amour ou par pitié, il m’épargnera les marques accablantes de son indifférence, je n’ai plus la force de les supporler.

Je reçois à l’instant une lettre de Dupré qui m’apprend que je suis propriétaire de la terre d’Estell. Quand pourrai-je y vivre dans une retraite absolue ?…